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Mont Ventoux ... objectif 2007

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Pourquoi le Ventoux ? Il y en a tellement en France, des cols à monter en vélo ?

Fin août 2003, avec mon fils Pascal, nous étions dans un hôtel à Argeles-Gazost, en train de discuter avec un couple de cyclo-sportifs qui allaient se frotter à toutes les montagnes en France. Nous leur avons dit que nous venons de faire le col du Tourmalet. Ils ont répondu que c'était le troisième ou quatrième plus dur col de France. Nous leur avons alors posé la question : pour vous, quel est le plus dur col de France ? Ils ont répondu : c'est incontestablement le Mont Ventoux. Je me suis alors dit :

JM un jour, tu iras tenter de monter le Ventoux



Jeudi 30 août 2007 : Jean Marie et Pascal, père et fils : deux petits cyclos lorrains partent à l'assaut du Ventoux.

Stationnés dans un village vacances à Vaison la Romaine, nous faisons une approche en voiture jusqu'à Montbrun les Bains. Préparation minutieuse du matériel le matin. A 11H, nous buvons du jus multivitamines et hop c'est parti, nous sommes sur le vélo. Nous sommes à 500m d'altitude. Nous montons vers Aurel, puis Sault en 12 km. Il faut s'échauffer, bien faire tourner les manivelles, ne pas faire monter le cardio-fréquence, rester entre 110 et 130 pulsations/minute. La pente monte, environ 4%, nous montons donc en petit plateau de 30 dents devant, il faut s'économiser.

A Sault, altitude 760m, voilà le vrai départ du Ventoux. C'est une des trois variantes possibles pour monter le Ventoux, la plus facile. Il reste 26km pour atteindre le sommet du Ventoux qui culmine à 1 912m. Dehors, température de 21°. Petite descente pour quitter Sault, puis remontée à 5% dans la campagne. C'est déjà dur ! Comment cela va-t-il être en haut ? Nous sommes partis pour une dure montée. Il fait chaud, le soleil de midi darde, j'ai mis de la crème solaire pour protection de la peau. J'enlève le casque, comme toujours dans les cols qui montent longuement. Nous entrons dans la partie boisée de pins. Un peu d'ombre dans certains virages, cela fait du bien ! Nous avons l'objectif de nous préserver jusqu'au Chalet Reynard km20. Donc, mon cardio ne doit pas dépasser 140. On nous a bien conseillé : il faut gérer cette montée. Si on attaque trop, il a risque de défaillance et on craquera plus tard. Au km06, arrêt de quelques minutes, barre de céréales. Des cyclistes passent... trois Hollandais en VTC, avec garde-boue, nous les reverrons... Nous repartons, nous roulons régulièrement, en buvant des petites gorgées. Au km11, arrêt, je mange du sucre et il faut boire, pour éliminer l'acide lactique. Nous repartons, la route s'élève entre 3 et 6%. Au km15, arrêt au lieu-dit "le belvédère", altitude 1 320m.

Nous apprécions le beau paysage qui s'offre à nous, le sud du Ventoux, les collines du Lubéron. Un beau panorama, voilà bien souvent une belle récompense pour les grimpeurs. Les Hollandais arrivent, ils nous prennent en photo et nous en faisons de même. Encore du sucre et de l'eau. Nous repartons avec persévérance. Je pédale, plutôt facilement, de plus en plus facilement. Mais c'est l'euphorie, j'ai l'impression que cela tourne tout seul... agréable sensation ! Est-ce l'euphorie des montagnes ? Est-ce un palier franchi en altitude où le corps s'adapte mieux à l'effort ? Est-ce le second souffle ? Après les 6 %, (le Donon par Abreschviller fait 5,5% en haut) la pente s'adoucit et nous arrivons au Chalet Reynard, km20.

Chalet Reynard, altitude 1 480m. C'est un large parking avec l'arrivée des cyclistes de Bédoin. La route sera commune après ce carrefour. C'est l'heure d'une longue pause. Il faut se reposer. Je me change, car j'ai froid dans le dos et mes sous-vêtements sont trempés. Il fait déjà plus froid. Le soleil chauffe, mais le mistral, vent qui souffle du nord vers le sud, est de plus en plus fort. La météo dit qu'il souffle à 80km/h Il est utile pour faire sécher les maillots trempés. Nous nous attablons, buvons de l'orangina, voilà une boisson sucrée qu'il nous faut, nous mangeons une barre de céréales. Sur la terrasse de ce restaurant, il y a beaucoup de monde : des touristes en voiture, en moto, et puis des "toqués" comme nous, des "fêlés" de la petite reine. Eh, oui, il faut en vouloir pour venir dans cette pente, pour souffrir sportivement parlant... Nous échangeons des paroles avec des cyclistes allemands, belges, hollandais, anglais. Vous voyez, le vélo aussi permet des rencontres enrichissantes.

Nous nous remettons en selle, il est 15H. Il reste 6km à faire, mais avec une sacrée pente. 7% au départ et 9,5% dans la pente finale. En voyant la raideur de la première pente et en sachant qu'elle sera plus raide après, on se dit que ce sera dur, ou même plus...

Nous avons reconnu le circuit en voiture la veille. La pente est impressionnante. Le décor change, nous avons quitté la forêt de pins. Les arbres se font de plus en plus rares. Devant nous se présentent des caillasses, des rochers et quelques touffes d'herbes pour des moutons. Dans l'effort, le cardio monte entre 150 et 155.. La pente est de 7%... Il faut appuyer sur ces sacrées pédales, l'heure n'est plus à l'économie... allez JM, il faut donner ! ..... km22, pause, il faut souffler, le cardio doit redescendre vers 100-110..... Nous reprenons, la pente s'accentue, elle est de 8%, c'est dur. Le vent est de plus en plus fort, il fait froid. Tantôt il souffle de face, tantôt il nous aide un peu dans le dos. Gênant ce vent !

Ah, ce Ventoux, il nous défie, il nous nargue, il semble nous dire : "petits cyclos, la victoire finale se laisse mériter". La végétation s'estompe de plus en plus, juste encore quelques touffes de verdure... . Je n'avance plus. Pascal me dit de mettre le petit plateau. J'étais encore sur le moyen plateau et je ne m'en étais pas aperçu, je suis dans un état second. Je suis rivé sur cet objectif d'arriver en haut, la motivation est en moi. Je mets le petit plateau, ah... bien plus facile, du coup il me reste deux pignons en réserve à l'arrière. Cela prouve que j'ai de la puissance.

Km24, pause, prise de photos. De moins en moins de verdure, la végétation a laissé la place aux cailloux jaunâtres, ocres. Le décor est lunaire. Mais le ciel, il est d'un bleu splendide, un bleu du Sud. Nous reprenons, je ne monte plus en position assise, il faut se lever, se mettre en danseuse, sinon le vélo s'arrête. Le point de rupture est proche. Mais le moral n'est pas défaillant. C'est là que la préparation avec 1 700Km cette année prend tout son sens. Sans un entraînement bien mené, avec recherche de pentes dures, un cyclo normal s'arrête, car il n'en peut plus, il est à bout de puissance, à bout de souffle..... km25, nous arrivons devant la stèle de Tom Simpson, le cycliste anglais décédé lors du Tour de France en 1967.

Nous nous arrêtons pour nous recueillir. Nous reprenons, l'observatoire du Ventoux se rapproche. je monte tantôt en position assise, tantôt en danseuse pour l'assaut final. La pente est très raide, à 9,5%. je mets mon dernier braquet, le plus court 30x28. Le mistral souffle très fort. J'ai mis une manche longue, il fait 10°. Les nuages passent et cachent par moments le sommet du Ventoux.

Le cardio s'affole... 165-166 ... Je suis au maxi... Nous arrivons au col des tempêtes 1 841m, il mérite bien son nom, le vent décoiffe et on voit sur le versant nord du Ventoux le beau paysage des Baronnies. Je suis rouge, on dirait que je suis entamé par l'effort, mais je ne m'en apercevais pas. Cela prouve bien qu'on ne peut pas monter le Ventoux, facilement.

La dernière pente, allez JM, encore un effort ... il faut cravacher... tire sur tes bras... appuie sur tes pédales... la victoire est au bout de l'effort.

Et voilà, nous arrivons au sommet. Youpi, nous l'avons vaincu ce Ventoux !! L'objectif de l'année cycliste est atteint ! Une préparation de 6 mois qui est couronnée par une victoire. Nous sommes fatigués, mais contents... très contents... Dans nos émotions, nous ressemblons à des alpinistes qui viennent de gravir la plus dure montagne de France. Nous n'avons pas le temps de céder au triomphalisme. Il fait froid, un mistral glacial souffle en bourrasque. Il faut redescendre rapidement. Le Ventoux, ce géant de Provence, est une montagne hostile.

Dans la descente, peut-être vais-je pouvoir faire un record de vitesse ? Je me lance, bonne vitesse... mais les bourrasques de vent et le prochain virage me font ralentir. Arrivés au Chalet Reynard, je regarde mon compteur : 70 km/H. Nous continuons la descente... ah, c'est le plaisir, nous allons vers la chaleur, 10° au sommet et 21° en bas, c'est délicieux. Retour à Sault, puis à Montbrun les Bains vers la voiture. Le compteur indique 77km pour la journée. Une journée à inscrire en lettre d'or sur le calendrier de notre année cycliste.

Une grande et belle journée...